Between Us
2025·24 min·94% liked·9.2K Vues
La beauté paye les factures. Le pouvoir paye le silence. Un jour ces deux vérités se percutent dans une villa impeccable perchée sur la colline, où les murs vitrés captent la lumière du couchant comme un décor de studio. Isabella De Laa a bâti son empire en misant sur le désir — le sien et celui des autres — et Cherry Candle encaisse les chèques depuis trois ans. Chacune connaît son rôle : la reine et l’ornement de cour. Aucune ne l’admet à voix haute jusqu’à ce que les masques commencent à tomber.
Le matin les prend de biais. Isabella fait défiler trois decks de proof-of-concept pendant que Cherry s’étale sur du lin italien, le téléphone incliné pour le meilleur reflet de sa clavicule. Une appli de retouche avale la réalité au petit-déj. Un hashtag raté se transforme en échange sec. « Si tu postes ça, mes chiffres trimestriels vont morfler. » « Si je le poste pas, ta VIP list va m’oublier. » La voix reste basse, le venin pas.
À midi, l’argent devient accusation. Isabella rappelle à Cherry quel toit penthouse finance la garde-robe, et Cherry riposte avec ses archives de DM bourrées de tuyaux crypto et de rumeurs de conseil d’administration qu’elle a trimballés jusqu’au lit. Les corps tournent autour de l’îlot en marbre comme des boxeurs du même poids, la chaleur monte sous la clim. Isabella saisit une poignée de soie et le baiser qui suit a le goût de formules exclusives : propre, tranchant, impitoyable.
La lumière de l’après-midi est plus acérée que le verre. Elles baisent contre le bord acier brossé de l’îlot de cuisine. Cherry se mord le poignet pour étouffer un gémissement pendant qu’Isabella compte chaque son réprimé comme un acompte. Quand ça finit, le silence qui reste est plus grand que ce qu’elles veulent admettre.
La nuit arrive sans prévenir. Les valises s’ouvrent dans un bruit sec et délibéré. Cherry plie sa lingerie avec la précision qu’une assistante lui a un jour enseignée. Isabella reste assise à la fenêtre, à réfléchir — elle-même, l’horizon, rien qu’elle puisse garder. Finalement elle parle, d’une voix plus légère qu’une punaise tombée. « Quand plus personne ne paye pour ton physique, qui signe tes contrats après ? » Cherry ne répond pas. Elle passe son sac à l’épaule et claque la porte derrière elle, laissant Isabella seule avec une lumière qui n’a pas été retouchée.













