Mommy Monster
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Le trajet du retour est silencieux, sauf la voix du sénateur qui meugle dans son téléphone. Au bout du fil, un donateur lui demande des nouvelles de la soirée 'la famille d'abord' et Greg s'en gave, balance chiffres, noms, kilomètres du bus de campagne. Madame Gregory fixe le verre teinté, assez emmerdée pour compter les lampadaires. Elle déteste ces soirées coincées, mais le portefeuille qui finance ses nuits gonfle toujours un peu plus. Son mari raccroche, demande au chauffeur l'heure d'arrivée à l'aéroport, puis pose une main surexcitée sur le genou de sa femme. 'William prend le vol retardé', dit-il. 'Il nous attendra au sol.' Son sourire se fige. Elle continue de regarder par la fenêtre.
Marilyn Gregory est assise sur le rebord de la baignoire, courte robe de soie ouverte, le pouce qui file sur des photos interdites. Son souffle s'épaissit ; la soie se sépare, ses doigts glissent entre ses cuisses. La voix de Greg la coupe, impatient, depuis le hall. Elle referme son téléphone, serre la ceinture, descend.
Greg se penche pour l'embrasser. Elle tourne la tête, ses lèvres n'attrapent que la joue, une accolade mécanique. William, pieds nus, est en train de finir un bol de céréales ; il grogne un salut et s'effondre sur le canapé. Marilyn serre le bras de son mari, le pousse vers la voiture qui patiente, et claque la porte d'entrée dès qu'il est parti.
Elle traverse le salon. William refuse de croiser son regard. Elle lui enlève le bol. 'Tu as arrêté de répondre à mes mails.' 'Tu as arrêté de me renflouer.' Il lui arrache le bol des mains. La tension craque entre eux comme un fil trop tendu. 'On avait un deal', dit-elle. 'Touche seulement si le plan est bon.' Il se lève, pose le bol. 'T'es cinglée, Marilyn. Sors du placard, putain.' La discussion continue à voix basse dans la cuisine : menaces de révélations, de fonds bloqués, de carrières détruites, de silences forcés pendant des années. Il fait mine de partir, mais l'argent le ramène. 'Un seul profil', supplie-t-elle. 'Une seule nuit.' Il souffle fort, finit par hocher la tête.
Quelques jours plus tard, Anna arrive souriante sous la lampe du porche, le goût du vin de son premier rendez-vous encore sur la langue. William fait le gentil, l'installe sur le canapé du salon, disparaît vers la cuisine. En haut, Madame Gregory les observe à travers les barreaux de l'escalier dans une robe bien trop décolletée. Elle descend comme si elle avait répété son entrée, se présente sous le nom de Marilyn, laisse Anna croire que Todd est le domestique. Ses compliments arrivent lents, intimes, chargés. Anna gigote, polie, essayant de décoder des signaux qui ne collent pas.
William revient avec les verres et un regard glacial. Anna veut partir. La main de Marilyn sur son épaule la retient le temps d'une promesse murmurée, puis la femme plus âgée sort par la porte… pour s'y faufiler à nouveau quelques secondes plus tard. Dans le salon, William fait durer le moment, baise la bouche d'Anna pour couvrir le bruit du tissu qui glisse derrière le canapé. Quand Anna grimpe sur lui, il parle de sa patronne, pose des questions crades jusqu'à ce qu'Anna rie et avoue ses expériences avec des filles. C'est le signal. Marilyn apparaît nue dans la pénombre, se caresse, impatiente.
Le plan explose dès que William plaque Anna en levrette. Il arbore un sourire venimeux et lui demande si une 'gouine' comme sa patronne prend jamais une queue, si elle rêve jamais d'une troisième. Marilyn le gifle — fort. Anna se retourne, surprise mais partante. Le trio devient vite bruyant : William tire les deux femmes l'une après l'autre, balance des insultes à Marilyn dès qu'elle essaie de reprendre le contrôle. Anna récolte baisers et doigts perdus, sans comprendre qu'on se sert d'elle comme champ de bataille. Quand William se retire enfin et gicle sur le visage de sa belle-mère, Anna ramasse ses talons et file vers la porte en marmonnant que l'ambiance est bizarre.
Dès que le verrou claque, la rage de Marilyn explose. William essuie sa queue sur sa joue, quitte la pièce sans un mot, claque la porte à l'étage.
Réalisateurs:Craven Moorehead














